Sa longue robe noire virevolte au gré des vents froid de la nuit, moulant ses formes attirantes, me laissant voir la courbe de ses fesses. Ses cheveux, noirs eux aussi, suivent le même mouvement, coulant dans son dos comme une vague divine, brillante dans les ténèbres de la ville.
Derrière moi, la soirée bat son plein. Sous ma main, la baie vitrée glisse doucement, faisant disparaître la douceur de la musiques, les éclats de rire des personnes joyeuses et amusées, la tranquillité de ces lieux...
Je m'avance... sans bruit, aucun. Mes chaussures bon-marchés glisse sur le froid dallage de la terrasse, m'avançant vers la déesse qui ne m'as pas encore remarquée.
Elle est belle...
- Belle soirée n'est-ce pas ? Dis-je avec la voix douce et chaude qui me caractérise.
La déesse se retourne lentement, me laissant apprécier chacune de ses formes, sa maigreur parfaite, la courbe de ses seins...
- Sans doute pour une autre... me confit-elle avant d'à nouveau se retourner vers les ténèbres.
Je ne peux m'empêcher un sourire avant de me diriger d'un pas lent vers sa douce silhouette. Sa voix est attirante comme un chant, laissant entre-voir à chacune des syllabes prononcées une note qui leurs est propres, douce, enivrante. La distance qui nous sépare se réduit, je ne la touche pas, de peur d'effrayer cet oiseau tombé du nid.
- Quoi qu'il en soit, la nuit est magnifique. Continu-je, et ce, pour n'importe qui.
Elle se retourne, plus brusquement cette fois, plantant ses yeux verts dans les miens comme deux poignards à l'acier trempé par la peur. Elle me toise, me juge puis se décide enfin à parler :
- Auriez vous une cigarette ?
Je fouille dans les poches de mon costume, sortant un paquet qui ne m'a jamais servi personnellement. Mes doigts glissent à l'intérieur et saisissent un de ces longs tubes qu'affectionnent tant les personnes « mondaines ».
Tout en me regardant, elle saisit l'objet offert et le porte à sa bouche.
Elle est belle...
En un éclair, ma main fond dans ma poche pour en ressortir un objet métallique, brillant. Un léger déclic retendit lorsque le ressort se bloqua, faisant apparaître une flamme qui persista malgré l'assaut du vent.
- Désirez-vous du feu ?
Elle me regarde toujours, mi-amusée par ma galanterie sur-jouée, mi-apeurée par un homme qu'elle ne connaît pas. Quelques secondes passent, elle accepte. Je m'approche de la rambarde sur laquelle elle était accoudée, jette un regard aux lumière de la ville, puis dit :
- Vous êtes belle... pourquoi restez-vous à l'extérieur ? Une dizaine de ces soudards doivent attendre votre retour... vous les ensorcelez ! Vous nous ensorcelez tous...
Elle reste coite, ne sachant que dire. Je vois dans ses yeux qu'elle veut me parler, se confesser, mais qu'une force inconnue la retient. Je continue :
- Vous ressemblez à un oiseau... un oiseau volant librement dans le ciel, possédant la plus pure des libertés... Mais vous êtes épuisée, vous avez volé trop longtemps, il ne tient qu'à vous de trouver une branche pour vous reposer, sinon... vous mourrez ! Epuisée...
Mes mots font leurs chemins en elle, la pénètre doucement et ouvrent des portes depuis trop longtemps fermée. Les vannes s'ouvrent, une larme coule sur sa joue délicieusement pale. Je m'approche d'elle, lui murmure qu'elle a trouvé sa branche, que dorénavant elle ne serait plus seule, que tout allait bientôt s'arranger pour elle, qu'elle n'a plut à avoir peur...
Souvent les médecins, avant de planter une seringue de la taille d'une paille dans le bras d'un enfant apeuré, disent, sans grande conviction : C'est pour ton bien !
Mes balles, elles, se plantent dans des c½urs encore vivants, elles ne font aucun bien. Et surtout... elles ont la taille de mon petit doigt.
Deux déflagrations sont étouffées par le silencieux de mon pistolet. Deux projectiles traversent le corps de la déesse qui s'écroule dans mes bras, avant de disparaître dans la nuit. L'une des balles en acier a traversé son c½ur, lui assurant une mort certaine. L'autre a transpercée uns de ses poumons, laissant s'échapper un triste sifflement signe de son dernier souffle de vie...
Je lui appose un dernier baisé sur ses joues encore rose puis, tel un danseur avec sa partenaire, je me dirige vers la rambarde. Je la prends dans mes bras et, après avoir murmuré :
- Tu es belle...
Je la laisse partir en arrière, chutant des quarante étages de l'immeuble où je me trouve. Sa robe rouge disparaît dans la nuit, je ne la vois même pas toucher le sol.
Au loin, le soleil se lève.
Je me retourne, ouvre la porte vitrée et, tout en me dirigeant vers l'ascenseur qui me mènera au rez-de-chaussée, sert quelques mains chaleureuses, les remerciant pour cette agréable soirée.
J'y arrive enfin. J'appuis sur le bouton. La porte s'ouvre. Je pénètre dans la cabine exiguë et tombe face à un visage familier... mon visage.
De fins cheveux châtains mi-long lissé en arrière, des sourcils fin, des yeux bleus électrique réduit a deux fines fentes, un nez fin, des lèvres fines, des traits fin eux aussi... ajoutez ma silhouette fine flottante dans cet affreux smoking et vous obtiendrez le physique de l'homme que l'ont oublie rapidement, celui qui passe inaperçu dans les foules les plus denses.
Celui de l'homme fin...
Tue un homme, tu seras un criminel !
Tout n'est qu'une succession d'agression... une personne me tombe dessus, je la repousse... les flashs m'aveuglent... la musique vomit par les haut-parleurs me fait tourner la tête... Il fait sombre, je suis entouré de monstre habillé de cuirs et de métal.
Mais je me fonds dans la masse, habillé de noir, long manteau, sabre pendant sur une de mes hanches, je passe inaperçu au milieu de ces personnes rebutantes.
Une femme se déhanche sur une table, enlevant vêtement après vêtement... Elle me rappelle... non, c'est impossible !
Je continue d'avancer dans la foule, repoussant les personnes droguées, ivre ou en chaleur pour me diriger vers le bar.
L'homme qui se trouve derrière le comptoir est horriblement laid... habillé en motard des années 70, son crane luisant reflète les lumières agréssantes de la boite de nuit, comme une pathétique boule a facette.
- Qu'est-ce que vous voulez ? Lâche t'il en même temps que son haleine puante.
Je le toise... je pourrais le tuer... là, tout de suite ! Ma main glisserait dans ma poche et sortirait mon calibre. Mon doigt appuierait sur la gâchette et adieu Mr Horrible ! ... Mais c'est impossible... je pourrais rater ma véritable cible, celle pour laquelle je suis venue...
- Un whisky !
Ma tête tourne lentement vers la personne qui vient de s'asseoir à mes coté... un jeune homme pale, les yeux soulignées de profondes cernes, accompagné de deux demoiselle qu'il retient par deux laisse accroché à leurs cous.
Ma cible !
Le barman pose le verre sur la table avec un bruit sec. Ma cible, elle, se retourne pour caresser l'entrejambe d'une de ses « chiennes » .
Ma main disparaît sous ma veste, prenant une des pilules qui jonche mes poches et la jette discrètement dans le verre de mon voisin.
Il boit.
Dix minutes... dans dix minutes, il aura une telle envie de ses deux « amies » qu'il les traînera dans les toilettes, tirant sans ménagement sur leurs laisses. Il fermera la porte derrière lui avant de les entraîner dans une des cabines pour pouvoir obtenir quelques gâteries de leurs parts.
Les dix minutes passe, j'imagine le scénario, chaque instant de ce qu'il va se passer dans ces toilettes : les lieux, l'odeur nauséabonde, les bruits de ce porc, le contact de mon sabre dans ma main...
Il se lève, je le suis, me frayant un passage a travers la foule hideuse, suivant mon homme de prêt.
Il entre, je m'appui contre un mur devant la porte et je compte...
- 1...2...3...... 30 !
Sans bruit, je me retourne et pousse délicatement la porte, laissant mes pieds glisser sur le carrelage sale des toilettes. Ma main se pose sur la cabine a ma droite, je ralentis les battements de mon c½ur puis je sors sans bruit mon sabre de son fourreau. J'avance, laisse passer une cabine, deux... la troisième est la bonne ! La porte est entre ouverte et je vois d'ici une jolie tête blonde faire des va-vient de plus en plus rapide.
Normalement, il y a un mot d'ordre dans ce métier : Discrétion
Cette fois, mon employeur m'as dit trois mots en plus du nom de ma cible : Discrétion, force et douleurs !
La pointe de mon sabre part en avant, traverse le crane de la jeune femme, la verge de ma cible, et la mâchoire inférieure de la même femme. En un éclair, ma main envoie une fine pointe argentée dans la gorge de l'homme, l'empêchant de hurler. Je me cambre, retirant la lame du bois de la cabine et du cerveau de la chienne avant d'assener un coup de manche dans le front de la deuxième putain.
L'homme se tient la gorge avant de s'évanouir.
Le contrat exige que je le fasse souffrir... je déteste faire ça mais sinon, ma prime est réduite de moitié...
Au bout de quelques minutes, il se réveille, bâillonné, assis sur le réservoir des toilettes, d'épais garrot attaché au niveau des épaules. Il tente de bouger... impossible...
- Pour répondre aux question que vous ne pouvez pas poser... Oui, je suis un tueur. Oui vous allez mourir et oui vous allez souffrir. Non je ne connais pas mes employeurs, non je ne peux pas annuler mon contrat et non, vous n'avez plus le droit à d'autre question !
A l'instant où je fini ma phrase, mon sabre vole vers le bras gauche du « pauvre » homme, le tranchant net mais sans grande effluve de sang (d'où les garrots). Quelques secondes suffisent pour que le deuxième bras rejoigne le premier.
Les yeux de la cible roulent de douleurs, se noyant dans les larmes et... un peu de folie je crois.
Je le force a se lever, les pieds en équilibre au dessus de la lunette des toilettes, et, après avoir rapidement tourné sur moi même, découpe les deux jambes du « client ».
Dorénavant un homme-tronc, il gîra dans les toilettes des hommes, la chasse d'eau tournant continuellement, se vidant de son sang durant de longue minute avant de remercier la mort de venir le chercher.
Je sors de la cabine en enjambant le cadavre de la demoiselle blonde. Ses yeux, pleurant du sang, figés dans une expression de pur étonnement, me regardent étrangement... c'est toujours mieux que les regards implorant que lance la plupart des...
- Et merde ! Il reste la deuxième chienne...
J'aimerais éviter les regards pleins de larme si possible...
Deux balles de silencieux font exploser sa jolie petite frimousse tel une pastèque trop mure.
Je plante mon sabre dans le torse de mon dernier « patient » puis retourne dans l'enfer des boites de nuit gothique.
Le jour ne va pas tarder à se lever...
Je sors.
Tue plusieurs hommes, tu seras un conquérant !
